mardi 3 janvier 2012

Le bal des hypocrites

Au nom de l'humour, j'ai décidé que le dernier livre que je lirais en 2011 serait Le bal des hypocrites de Tristoune Tristane Banon. Déjà, j'ai bien ri quand j'ai ouvert ce cadeau de noël de mon précieux.

Alors, cet ouvrage est-il une succession de OUIN OUIN OUIN ?



J'ai un peu envie de dire oui. Il suffit d'ouvrir le livre pour tomber sur une photo larmoyante du plus bel effet : l’œil humide, le regard perdu, la bouche entr'ouverte, je dis bravo ! Si on n'avait pas bien saisi le pathos avec la quatrième de couv', on a de quoi se rattraper.

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Pour ma part, j'ai continué à rire en lisant la première phrase : "1er juillet 2011. Depuis deux mois, je n'ai réussi que deux fois à me coucher et à dormir avant minuit."




Oh ça va hein.

Allez soyons honnête, ce n'est pas parce que Tristane Banon est de droite que je ne vais pas lui accorder de considération (enfin, quand même, le Figaro et Paris Match...). Je dois avouer qu'elle a l'air d'avoir sincèrement souffert, et la période de sur-médiatisation de l'an dernier a semblé bien difficile. Les anecdotes d'inconnus qui l'abordent dans la rue ou sur internet pour donner leur avis sur son comportement sont quelque part assez hallucinantes, les gens sont délicieux, c'est un bonheur.

Peut-être raconte-t-elle la vérité sur cette "affaire", c'est probable mais ce n'est pas exactement le sujet du livre. Le bal des hypocrites parle peu de la rencontre Tristane Banon / DSK, si ce n'est pour évoquer "le babouin", et se concentre en fait sur le battage médiatique qui l'a entourée au moment de l'arrestation de ce dernier.

Et si l'on peut en retenir quelque chose, c'est que les journalistes et les médias sont des MÉCHANTS. Ainsi, dès les pages 16-17, elle évoque le fameux "dîner chez Ardisson", sa façon de raconter l'anecdote à ce moment-là et conclut par : "Mais ne me demandez jamais pourquoi je n'ai pas porté plainte ce jour-là. Regardez-vous, regardez-vous tous, et répondez à ma place. Vous me devez au moins ça."


En revoyant la vidéo, on peut s'étonner du détachement apparent avec lequel elle raconte cette histoire. Elle l'explique dans le livre par la volonté de se protéger en forçant un sourire de façade. Pourquoi pas, je peux le croire.

Ce qui m'a interpellée aussi, c'est que dans l'émission, elle dit ne pas être allée au bout de la procédure de plainte pour ne pas être à vie "la fille qui a accusé DSK" (volonté de protéger son image médiatique donc) (je pense que c'est UN PEU raté). Dans le livre, en revanche, elle affirme que ce qui l'a empêchée de porter plainte, ce sont les "conseils", les "pressions", de proches et surtout de journalistes qui lui ont dit "de ne pas s'attaquer au pouvoir". Et là on tombe clairement dans une position de victime, plus passive. Mais quand bien même elle aurait reçu ce type de pressions (scandaleuses au demeurant, quel entourage !), comment peut-on en arriver à tenir un discours type : "tout est de votre faute, vous m'avez presque forcée à me taire !" ? J'entends bien que la situation devait être difficile. Mais elle a aussi répété à plusieurs reprises que François Hollande lui conseillait, lui, de porter plainte. Ce qui veut bien dire que tout le monde n'allait pas dans le même sens et qu'elle aurait pu avoir des soutiens à l'époque.

Qu'elle ait décidé de ne pas aller au bout de la plainte pour des raisons personnelles, soit. Qu'elle affirme que les seuls responsables sont ceux qui lui ont donné de mauvais conseils, c'est déjà un tantinet abusé. Mais en plus, elle estime que les autres sont d'autant plus coupables que "tout le monde savait mais personne n'a rien fait".

C'est là la plus grosse contradiction du livre : elle est outrée que les gens lui demandent pourquoi elle n'a pas porté plainte et que des suspicions sur ce qu'elle raconte se développent. Et dans le même temps, elle estime que tous ceux qui avaient entendu cette histoire, ou des rumeurs, et n'ont rien fait, sont responsables.

Depuis quand les journalistes et les politiques devraient "enquêter" et "dénoncer" alors qu'aucune plainte officielle n'a été posée ? "Ah oui mais c'est une fille qui m'a raconté que...".
Ça n'a pas de sens. Ou alors il faut vraiment avoir une passion pour les procès en diffamation. On ne sait pas, ça peut arriver.

Ce qui m'amène à la remarque suivante. Tristane Banon, au cours de son texte, reproche beaucoup aux journalistes de l'avoir réduite à une image médiatique, de l'avoir harcelée, d'avoir parlé d'elle sans prendre en compte la personne qu'il y a derrière une breaking news. C'est légitime.

Ce qui est amusant, c'est que lorsqu'elle-même évoque la réaction des membres du PS après l'arrestation de DSK, voilà comment elle les désigne (p.30-31) : "l'ancien gros", "la madone", "la dame du Nord" qu'elle n'aimait pas avant car "pas assez jolie, trop comme ci, pas assez comme ça." ...et qui à présent trouve grâce à ses yeux car elle ne "feint pas l'étonnement" et n'exprime pas de compassion pour DSK. Et finalement la "blonde des extrêmes". Qu'elle applaudit car Marine s'exclame : "Mais enfin arrêtez, vous saviez, je savais, nous savions tous !"


Mais que fait Tristane Banon ici sinon les réduire eux aussi à une image médiatique ?

Elle s'empêche, j'imagine, de citer les noms pour des questions légales. Mais les adjectifs utilisés sont plutôt réducteurs. Et j'ai bien l'impression que quand elle reproche à Hollande d'exprimer sa sympathie "à la femme et aux enfants" de DSK, elle ne prend pas en compte la personne derrière l'image, et les enjeux professionnels et personnels avec lesquels il doit jouer. Quand elle applaudit Le Pen, elle oublie aussi que "la blonde" est dans son rôle de chef du FN : la moindre occasion d'attaquer les autres partis est à saisir. Je ne suis pas bien sûre que Marine Le Pen s'exclame par pensée solidaire envers les victimes supposées. (Et d'ailleurs, si Marine dit qu'elle savait, pourquoi n'a-t-elle jamais rien fait pour aider Tristane Banon ? C'est vraiment un scandale !)

Certes tout ça est facile à dire, et certes l'état émotionnel dans lequel Banon semble être au moment de la diffusion des images peut expliquer une réaction violente. Mais quand même. Malheureusement pour elle, le monde politique ne tourne pas autour de ce qu'il lui est arrivé il y a huit ans.


A la moitié du livre (p.56), on peut lire ce passage merveilleux :
"Sur Amazon, mes livres redeviennent disponibles. Mes éditeurs me les certifiaient épuisés, fatigués, impossibles à requinquer. Il ne m'appartient pas de savoir si ceux-là reviennent de la cave ou des imprimeries, le score médiocre de leurs ventes est comme une petite victoire. Je ne serais pas étonnée de les voir revenir au pas de course, un bandeau rouge avec son nom à lui, le prisonnier, mon geôlier, enserrant la couverture de mes écrits intimes, des écrits qui sont un peu ma vie. Alors ils partiront comme les pains du boulanger, et je saurai que le monde est à pleurer".

Que les œuvres de quelqu'un soient remises en vente quand cette personne est au cœur de l'actualité, cela n'a rien d'étonnant. Mais Tristane Banon se sent d'une part trahie par ses éditeurs (salauds !), et estime d'autre part que si ses livres se vendent à ce moment-là, le monde va mal.

D'où ma question : à qui donc pense-t-elle vendre Le bal des hypocrites ?

A qui sinon ces gens qui font que le monde est à pleurer ? (et moi, mais pour la blague)
Et si s'intéresser à une personne qui fait l'actualité à travers ses anciennes œuvres est mal (malsain ?), qu'en est-il de ceux qui achètent le livre qui parle de l' "affaire"-même ?

C'est pas très chic de considérer ses lecteurs comme des salauds qui font pleurer le monde. Et que peut-on en déduire de la personne qui écrit le livre ?


Enfin, on ne va quand même pas nier que Tristane Banon profite quelque part d'une exposition médiatique d'enfer pour vendre quelque chose. Je comprends l'idée d'écrire pour se soulager. Je comprends le besoin de faire la lumière sur sa version des faits.

Mais dans ce cas elle pouvait aussi diffuser le texte librement sur internet (ahah !).

Ou quitte à sortir un livre, le publier plus tard, avec plus de recul ? Ben oui mais c'est moins vendeur quand même.

9782846264167Tout ça pour une centaine de page (écrit bien gros en plus, c'est limite l'arnaque pour le concours de livres) vendues à 15€, ça fait presque UN FRANC LA PAGE, mon bon monsieur ! Mais bon, il y a la photo aux yeux humides, donc ça va, on n'est pas floués.

En fait Tristane Banon, c'est un peu la fille qui se retrouve piégée dans un jeu médiatique qu'elle a en grande partie alimenté et qui ne comprend pas pourquoi les gens la traitent comme un sujet de news. Et ce alors qu'elle est elle-même journaliste et, je le découvre en faisant des recherches, a écrit en 2003 Noir délire, une nouvelle inspirée par la mort de Trintignant. Comme quoi, elle doit savoir ce que c'est d'exploiter les faits divers dramatiques. Je n'ai pas lu la nouvelle, c'est peut-être de bon goût (?) ou en tout cas pas irrespectueux, mais je me demande bien ce qu'elle dirait si on faisait la même chose de son "affaire".

Alors si il y a bien une chose que je peux lui accorder, c'est que le livre porte bien son nom. Reste à élire la reine du bal.



15 commentaires:

  1. Joli... Bon article !
    Ca demande du taffe, j'imagine, mais c'est dommage que t'en fasse pas plus :)

    Je viens de voir le premier Libellé. Je suis fan.

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  2. Ah ah c'est magistral ! La dernière phrase est une perle :)

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  3. Ou on peut se dire que ce qui lui est arrivé l'a pas mal abîmée et que du coup, il est assez logique que sa démarche ne soit pas complètement rationnelle et construite...

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  4. Yannick> En tout cas au niveau timing, plateaux télé, interviews et sortie de livre écrit en 2 jours pour 15 euros, elle est très construite sa démarche.

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  5. C'est un peu comme Nicolas Dupont-Aignant qui publie "L'Arnaque du Siècle" en essayant de le vendre : je trouve ça beau d'avoir tant de lucidité à son insu sur son propre travail. C'est limite de la poésie.

    Sinon j'aime bien ce genre de post, j'en redemande pour 2012 (année de toutes les apocalypses).

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  6. ah oui et aussi je trouve ça super fort d'avoir été capable de rendre un extrait de La tour Montparnasse infernale aussi drole dans le contexte. C'est un véritable tour de force.

    A ce sujet, pour ma part, je n'ai pas réussi à me coucher avant minuit depuis environ une dizaine d'années et tout ça pourtant sans avoir subi les sévices d'un babouin... enfin je crois. Ca fait réfléchir.

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  7. Merci tout le monde ! Effectivement j'aimerais bien en faire plus comme ça mais ça demande pas mal de temps. C'est vrai que c'est une bonne résolution pour 2012.

    Kylord > Ah oui ce livre de Dupont-Aignant, je trouve ça merveilleux aussi. Surtout avec le clip qui va bien : http://www.dailymotion.com/video/xhl9d3_l-arnaque-du-siecle-2_news

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  8. Quelle salopes ces caissières qui aiment l'Euro et la banque centrale européenne.

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  9. Bravo, c'est vrai qu'il déchire cet article !

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  10. Je n'avais jamais entendu parler d'elle. Honte ou chance? En tous cas, j'en sais plus maintenant, et tout comme Mike, je trouve que la dernière phrase est plutôt savoureuse :)

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  11. Je lis p. 16 : « Il y a eu cette émission, aussi, c’était il y a quatre ans et l’alcool m'avait débridée. J’avais enfin parlé mais j’avais trop souri en le faisant. » ; je souligne :« J’avais ENFIN parlé »… On dirait que Tristoune elle-même oublie que sa malheureuse pitoyable intervention chez Thierry « Ah ! J’adore (que tu te fasses violer) ! » Ardisson – plagiaire bien connu devant les hommes – de février 2007 n’est pas – je souligne : « N’EST PAS » – sa première prise de parole publique – du moins télévisée – à propos de son affaire ; il existe un témoignage très bref (moins de deux minutes) datant d’octobre 2006, dans l’émission « Le Culture Club » d’Alexis Trégarot, où elle dit tout, de son affaire, et ce, très posée, calme, sereine, et… convaincante ; à l’opposé de cette minable prestation, où elle-même ricane, après l’infâme Ardisson, du mot « viol », cf. à 2:24. C’est d’ailleurs sur la base de ce témoignage si précieux qu’il est entièrement occulté – même par la principale bénéficiaire, apparemment – que je suis persuadé de la véracité de ses dires. (Je l’étais avant de le connaître, en novembre 2011 seulement ; il n’a fait que me conforter.) Tristoune souffrira longtemps, toujours, de son goût du bling-bling, et de cette deuxième prestation.

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    1. Je n'avais pas vu cette intervention dans "Le Culture Club" ! Merci de l'avoir signalée :)

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