lundi 9 novembre 2009

Dexter : générique et méta-discours

Très légers spoilers (vraiment très légers) pour ceux qui n'ont pas encore vu la saison 4 de Dexter.

La saison 4 de Dexter a démarré depuis quelques semaines aux Etats-Unis et les premiers épisodes sont absolument brillants, autant dans les scénarios que dans la mise en scène. C'est sur un aspect de ce dernier point que j'ai envie de m'attarder. Les amateurs de la série connaissent son excellent générique.


Dans le premier épisode de la saison, une scène entière reprend ce générique (plans et musique alourdie), à ceci près que les habitudes millimétrées du héros sont chamboulées par l'arrivée de son enfant. Toutes ses habitudes sont mises à sac : mal rasé, mal réveillé, vêtements sales, lacet qui casse... Voici la scène en vidéo.


Le générique d'une série est conçu pour l'introduire, la présenter, la résumer parfois, et ne fait pas partie de l'histoire. C'est un élément hors-fiction qui parle de la série, dénué des "effets de réel" qui caractérisent le déroulement des épisodes. Ce qui m'intéresse donc avec ce genre d'effet de style, c'est qu'on se détache subitement de l'histoire à laquelle le spectateur est censé croire/adhérer. On sort de la fiction pure pour développer un méta-discours : la série parle d'elle-même, prend de la distance, entame une réflexion sur son existence. C'est quelque chose que j'apprécie dans nombre de fictions télévisées américaines, cette capacité à ne pas se perdre de vue, voire à se parodier. Dans le même esprit, on pourra citer une autre série de Showtime, Weeds, où Nancy reprend les paroles du générique (saison 4) pour dire à son fils : "You'll be a doctor, a lawyer, or a business executive !".

L'épisode de Dexter diffusé la semaine dernière aux États-Unis comporte à nouveau un exercice du genre, il s'agit cette fois d'un simple plan, à la fin de l'épisode. Superbe regard caméra surprise de Dexter.

dextercam

En un instant, on s'extrait de la simple fiction pour inclure le spectateur entièrement (ou alors c'est la fiction qui s'extrait dans la réalité ?)... Certes, on visionne la série depuis le début à travers l'esprit et les réflexions de Dexter, comme si on était dans sa tête. Mais représenter ce lien en image, c'est aller encore plus loin.

Un plan comme ça, même d'une fraction de seconde, c'est assez dangereux parce qu'il faut être bien sûr de la complicité avec le spectateur. Ça veut dire qu'on est son complice plus ou moins forcé, qu'on est par extension complices de ses meurtres par exemple. Donc il faut un grand talent de la part des scénaristes et de l'acteur : le risque, en s'éloignant de la fiction, c'est d'en faire totalement sortir les spectateurs et de perdre leur adhérence à l'histoire, il faut trouver le bon équilibre. Ici évidemment c'est Dexter alors pour moi ça fonctionne sans problème, je vois ça j'ai immédiatement le même demi-sourire que le personnage sur mes lèvres. C'est comme le regard de Stuntman Mike dans Boulevard de la mort, de Tarantino. Il faut réussir à ce que le spectateur puisse s'amuser du clin d'œil, mais ne pas le perdre pour qu'il replonge quasi-instantanément dans la fiction. Et sans que ça devienne non plus trop régulier ou trop gros dans l'esprit : "hé, regardez comme on est forts, on fait des effets, on s'auto-référence !"

En l'occurrence, les scénaristes et réalisateurs de Dexter réussissent parfaitement leur coup. Et quand c'est bien fait, j'ai vraiment envie de dire "pouce !".



7 commentaires:

  1. C'est vraiment la première fois que Dexter se tourne vers le spectateur ? T'as probablement raison...
    Mais, comme tu le dis, on est souvent mis à part à ses côtés pour voir ses réactions et tout est raconté à la première personne, donc on a déjà l'habitude d'avoir une relation avec lui.
    Faut-il finir 3 saisons avant de se permettre des effets de style ?

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  2. J'ai kiffé totalement ce regard caméra à la fin du 6ème épisode, j'ai même eu un instant d'euphorie quand j'ai vu ça!

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  3. c'est pour ça qu'on fait des enfants : pour empécher le killer qui est en nous de se manifester : on ne peut pas à la fois tuer son prochain et nettoyer les régurgitations du nouveau-né.

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  4. "pouce" ?

    Sinon j'ai envie de dire que le méta-discours audiovisuel, c'est typiquement post-moderne 'oyez

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  5. Emil > Il me semble bien que c'est la première fois... Pour les effets de style de ce type, ils l'ont déjà fait avec le générique comme je l'ai dit. Mais je pense qu'il faut quand même attendre que la série soit installée depuis un moment pour commencer à s'auto-référencer, sinon tu n'as pas trop de base...

    Kylord > Comme quand on met son pouce en l'air pour dire que c'est bien ^^

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  6. moi j'aurais dit "super !" ou "bravo les comédiens !". "pouce" c'est plutôt pour, je sais pas, quand on se fait tabasser à mort et qu'on demande un temps mort ?

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  7. Belle analyse.
    Mais ce n'était pas la première que Dexter se tourne vers le spectateur. Il le fait à la fin de l'épisode 7 de la saison 1. ;-)

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